Elisabeth Farnèse, une reine aux grandes ambitions   1692 – 1766

   

 

 

Elle est la fille d'Édouard II Farnèse, héritier du duché de Parme et de Dorothée-Sophie de Neubourg-Palatinat. Celle-ci, par le mariage de ses sœurs, est devenue belle-sœur de l'empereur Léopold Ier, des rois Charles II d'Espagne et Pierre II de Portugal. Se retrouvant veuve et perdant son fils peu après, elle décide de conserver la couronne en se remariant avec son jeune beau-frère François II. De leur côté les Farnèse voulaient conserver l'alliance brillante qu'avait constituée le mariage d’Edouard et ne pas rendre la dot de la veuve.

 

Après la guerre de succession d’Espagne, le petit-fils de Louis XIV est devenu roi sous le titre de Philippe V. L’abbé Giulio Alberoni, ambassadeur du duc de Parme à Madrid, et la Camarera Mayor du roi d’Espagne, Marie-Anne de La Trémoille, princesse des Ursins, décide de remarier Philippe V, veuf  de Marie-Louise de Savoie, avec  Élisabeth. Dès son arrivée elle s’affranchit de la tutelle de la France en faisant renvoyer la princesse des Ursins.

 

Ils vont avoir 7 enfants pour qui elle a de grandes ambitions :

 

 

Elle va se révéler ambitieuse pour ses fils souhaitant les établir en Italie, le trône espagnol étant réservé aux fils du 1er mariage de Philippe V. Elisabeth et son ministre lancent leurs armées qui envahissent la Sardaigne autrichienne en 1717 et la Sicile des Savoie en 1718. En réaction, la Quadruple-Alliance, à laquelle se joint le duché de Savoie, rentre en guerre contre l'Espagne, qui est vaincue. Par le traité de La Haye de 1720, Philippe V et Élisabeth obtiennent cependant la reconnaissance des droits dynastiques de Charles sur les duchés italiens.

 

Puis, l'Espagne se rapproche de la France par une politique de triple mariage, conclu avec le Régent Philippe d’Orléans :

 

En 1725, la France rompt les fiançailles de Louis XV et renvoie l'infante. En représailles la reine Louise-Elisabeth, veuve de Louis Ier et Philippine Élisabeth, la fiancée de Charles, sont renvoyées en France.

 

Élisabeth Farnèse se tourne alors vers l'Autriche qui est, depuis le traité d'Utrecht en 1713, la puissance dominante en Italie et le principal obstacle à l'expansion espagnole dans la péninsule. Elle propose de fiancer ses fils aux filles de l'empereur Charles VI : Charles avec Marie-Thérèse et Philippe, avec Marie-Anne. L'alliance entre les deux puissances est confirmée par le traité de Vienne en 1725, qui prévoit la renonciation définitive de Charles VI au trône d'Espagne au profit de Philippe V et son soutien à une tentative pour libérer Gibraltar de l'occupation britannique. Mais la guerre anglo-espagnole se conclut par le maintien de la souveraineté britannique sur le rocher et, au cours des négociations Charles VI abandonne le principe du mariage de ses filles avec L’Espagne.

 

Par conséquent, Philippe V rompt l'alliance avec l'Autriche et conclut avec la Grande-Bretagne et la France, en 1729, le traité de Séville qui garantit à son fils Charles le droit d'occuper Parme, Plaisance et la Toscane, au besoin par la force. Justement, le duc Antoine Farnèse meurt en janvier 1731, mais il a nommé comme successeur le « ventre enceint » de son épouse Enrichetta d'Este, ce qui écarte Élisabeth Farnèse de la succession. La duchesse est examinée par un groupe de médecins et de sages-femmes qui la déclarent enceinte de six mois, mais la reine d'Espagne fait constater qu'il s'agit d'une mise en scène. Elle obtient de l'empereur, qui a fait occuper le duché, la cession de Parme et Plaisance à son fils Charles sous la tutelle de sa grand-mère à Dorothée-Sophie

 

En 1729, l'infante Marie-Anne-Victoire est mariée au roi Joseph Ier de Portugal.

 

En 1731, Charles, son fils aîné, est appelé par le grand-duc de Toscane, Jean-Gaston de Médicis, qui veut en faire son héritier.

 

Au cours de la guerre de Succession de Pologne, soutenu par sa grand-mère Dorothée-Sophie Charles réussit à prendre possession des duchés de Parme et de Plaisance (1732) puis des royaumes de Naples et de Sicile.

 

Après 1734, les droits qui avaient été attribués à Charles par les précédents traités revinrent à Élisabeth qui fut nommée « légitime reine et duchesse de Parme et de Plaisance ».

 

Cependant, le traité de Vienne qui réorganisa l'Europe à l'issue du conflit, confia la Toscane, Parme et Plaisance au duc François III de Lorraine, qui devait renoncer à ses terres pour pouvoir épouser l'archiduchesse Marie-Thérèse d'Autriche, fille aînée et héritière de l'empereur. Charles conservait Naples et la Sicile et épousait Marie-Amélie de Saxe, fille du roi de Pologne, qui dominera son mari comme Élisabeth dominait le sien.

 

La France cherchait à conserver l'alliance de l'Espagne et Louis XV mariait en 1739 sa fille aînée Élisabeth de France, à l'infant Philippe, fils cadet d'Élisabeth tandis que Marie-Thérèse d'Espagne était promise au dauphin Louis-Ferdinand.

 

L'année suivante éclata la guerre de Succession d'Autriche qui remit tout en cause. Malgré la ratification de la Pragmatique Sanction, l'Espagne et la France s'unirent aux adversaires de l'Autriche.

 

Philippe V meurt en 1746, Ferdinand VI, quatrième fils de Philippe et de Marie-Louise-Gabrielle de Savoie, monte sur le trône et Élisabeth perd de son influence.

 

En 1745, Marie-Thérèse épouse le dauphin, mais la jeune femme meurt des suites de ses couches l'année suivante. Elisabeth propose alors au dauphin sa dernière fille Marie-Antoinette, mais, inconsolable il refuse.

 

Elle eut encore le plaisir de voir, qu’à la fin de la guerre de Succession d'Autriche qui vit l’échange de territoires entre certains états, un autre de ses fils, Philippe, gendre de Louis XV, reçut la couronne ducale de Parme et Plaisance.

 

Marie-Antoinette épousera en 1750 le fils aîné du roi de Sardaigne, amplifiant encore l'influence de l'ancienne princesse de Parme sur son Italie natale.

 

© : La nuit la neige de Claude Pujade-Renaud